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01.10.2003 - 15:34 UTC+0 // Source : Microcuts.net

Les inrocks nous ont délecté de leurs précédentes critiques schizophréniques, "on adore, on déteste, on aimes bien...". Voici le cas "Absolution" :

Le troisième album de Muse s’appelle Absolution. Absolution ? De quels crimes Muse demande aujourd’hui pardon ? Délit d’emphase, de vanité ? Explosion de melon ? Grandiloquence élevée en péché capital ? Abandon de famille ? Car ils seront nombreux, les fans de Muse, à se sentir abandonnés et confus face à l’effarante masse d’informations de ce troisième album. Mais il était dit, depuis le premier jour, que ce groupe impatient, impétueux et parfois pompeux, ignorerait tout de la sécurité et du confort d’une carrière sage : Muse ne s’écrira donc jamais musée.

C’est la grande nouveauté de ce nouvel album : on peut écouter Muse sans sueur et à plus de 30 ans. Car le trio a bouleversé ses habitudes d’écriture. Au lieu d’étirer et triturer en studio des chansons vaguement rodées en extérieur, dans la débauche d’énergie de la scène, le groupe a cette fois-ci pris des mois à les tester, les interroger, les déformer, les accompagner jusqu’au bout de leurs possibilités – fausses routes comprises.

Cette fois-ci, les vastes ambitions de Muse ont enfin des chansons sur lesquelles s’entortiller : de Apocalypse, Please aux singles Time Is Running out et Endlessly, leur romantisme exalté, leurs arrangements extravagants, leur théâtralité débridée ne bâtissent plus seulement sur le sable. Bien entendu, Muse franchit encore parfois, en des dérapages navrants, le mur du con : sur le fâcheux single Stockholm Syndrome, bêtement braillard et crâneur, ou sur l’ampoulé et gommeux The Small Print.

Sur l’étrange et grandiloquent Butterflies & Hurricane, tellement démâté qu’il fascine, Muse devient une sorte de Queen électrochoqué, un Radiohead plus physique que cérébral, répondant uniquement aux ordres de la testostérone. Sur ce morceau, encore plus terrible sur scène, Muse disqualifie quarante boys-bands néo-punk en vogue sur MTV, renvoie leur metal soudain rouillé et émoussé à la ferraille. Car si Muse joue puissant, excédé, la part de féminité, de fragilité d’une chanson aussi extravagante sidère : Matthew Bellamy, à la voix, dérègle totalement l’électricité et l’urgence. Et fait des choses encore pire à sa guitare : cajolée, repoussée, battue dans un même élan. Alors, absolution ? Absolument.

Jean-Daniel Beauvallet
01 oct. 2003